Le vent n’a pas cessé de souffler pendant la nuit, les nuages dans le ciel se sont assombris donnant de l’espoir d’un peu de pluie dans la journée. Il doit être 10h quand j’ouvre les yeux, affalé dans le level chair, un peu déçu que ne rien se soit passé depuis que nous avions placé les cannes peu de temps après le lever du jour.

Deux cannes ont été déposées sur la bordure de droite, l’une dans moins d’un mètre cinquante de profondeur contre un herbier, l’autre dans quatre mètres de profondeur sur le côté profond de l’herbier, les trois  autres cannes pêchent de la même sorte, la bordure de gauche et une petite baie.

Je descends auprès des cannes voir Laurent qui, lui, n’a pas succombé à la tentation de faire une sieste. Comme le vent souffle, il n’a rien vu bouger mais me fait remarquer la couleur toujours plus sableuse de l’eau brassée par le vent. Sur cette zone du lac la cassure sableuse tombe plus doucement et est parsemée d’herbiers sur les premiers trente mètres jusqu’à ce que la cassure s’incline de manière très pentue pour tomber dans les profondeurs du lac, c’est là que nous avons déjà touché les poissons la veille. Nous sommes vraiment persuadés que les carpes vont revenir s’alimenter ici, et qu’une touche peut se déclencher à tout moment, nous resterons derrière les cannes jusqu’à ce que notre estomac nous fasse remonter vers nos affaires pour manger quelque chose.

 Au milieu de l’après-midi, un détecteur de touches s’emballe enfin, lorsque que nous arrivons aux cannes quelques secondes plus tard, le frein s’est arrêté de dérouler et le scion est complètement courbé, sans forcer, Laurent prend la canne en main et se dirige vers le poisson en bateau. Celui-ci s’est bloqué dans un des nombreux herbiers, après plusieurs minutes de manœuvre dans le vent autour de l’herbier Laurent parvient à libérer le poisson en exerçant une forte pression sur lui. Poussé par le vent c’est plus loin contre la bordure que la petite commune qui s’est montré très nerveuse se laisse glisser dans l’épuisette. Après avoir replacé la canne et photographié la commune, nous faisons couler un café sans pouvoir le boire chaud car une nouvelle fois une canne  démarre.

 Depuis de longues minutes le poisson sonde, se bloque, et débloque dans les herbiers, malgré la pression constante. Je ne parviens pas à le contrer, sceptique, je commence à penser que c’est un silure. En exerçant une pression toujours plus forte je parviens à contrer le poisson et à le faire remonter un peu dans la couche d’eau, j’aperçois alors une silhouette de carpe à travers l’eau claire, aussitôt le poisson repars dans les profondeurs, avec mon frein complètement serré la canne est complément courbée et effleure la surface de l’eau. Je fais tout mon possible pour empêcher le poisson de regagner le fond tant encombré. Après plusieurs apparitions sous le bateau suivi d’un puissant rush vers les profondeurs, le poisson montre les premiers signes de faiblesses et remonte vers la surface pour finir dans le filet de l’épuisette maniée par Laurent. C’est une commune bicolore assez longue qui ressemble à celle capturée par Laurent quelques jours plutôt. Ses couleurs orangées, ses nageoires surdimensionnées nous laissent rêveurs. Pendant la séance photo, comme toutes les autres carpes capturées avant, celle-ci est super vivace et bouge sans arrêt. C’est alors dans l’eau, en toute sécurité pour le poisson, que nous capturons quelques photos accompagnées des premières gouttes de pluie. 

Malheureusement, après la capture d’une grosse brème nous casserons un poisson en fin de soirée… Pour nous consoler, nous prenons ce poisson perdu pour un silure. Pour le lendemain et les jours à venir, la météo annonce  très peu de vent, du soleil et plus de trente degrés. N’ayant aucun recul sur ce lac, nous ne savons pas du tout comment se développerait la pêche au cours de cette phase anticyclonique. Dans tous les cas, nous voulons encore tenter notre chance pour le coup du matin sur le poste actuel, qui s’est avéré être le plus productif pour le moment.  Avant de rejoindre la voiture pour la nuit, nous éparpillons  quelques bouillettes et noix tigrées sur les spots. 

Le lendemain matin le ciel est dégagé et le vent tombé. Avec le toqeedo, petit moteur électrique qui possède la puissance d’un moteur thermique de trois chevaux nous filons à toute allure sur le poste.  Sans perdre une minute, nos cinq cannes sont en action de pêche. Il est à peu près 6h et nous sommes assis un peu éloigné du bord de l’eau, sur les gros cailloux avec un bon café en main. Contrairement aux jours précédents, la surface e l’eau est complètement lisse et nous voyons même les plus petits poissons bouger à la surface et il ne nous faudra pas attendre le milieu de l’après-midi pour toucher un poisson comme les jours précédents. Sur le coup de huit heures, une des cannes démarre, par chance le poisson ne s’est pas bloqué. Laurent peut tranquillement le combattre en bateau loin de tous les obstacles en bordures. Malheureusement, lors de la séance photo, comme toutes les autres carpes, celle-ci est super vivace et ne nous laissera prendre qu’une seule photo d’elle avant de nous échapper…

Nous sommes encore dans l’eau derrière les cannes en train de rire de notre mésaventure lorsqu’une autre canne démarre. Un peu surpris, je prends la canne en main et monte dans le bateau. Par chance, le poisson ne s’est pas bloqué dans le gros herbier à côté duquel il s’est fait piégé. Il nage au large en loin des obstacles et m’offre un super combat avec vue sur le pont.  Plusieurs minutes plus tard, Laurent glisse le poisson dans l’épuisette et nous regagnons rapidement le bord. C’est vraiment une très belle carpe miroir avec de grosses écailles sur le dos. Par chance, nous pouvons la photographier tranquillement. 

Pour moi qui pêche surtout à la mouche et de plus en plus aux leurres, la pêche à la carpe peut paraître très ennuyante. Finalement, on ne fait que poser un « piège » à l’endroit où on soupçonne les carpes de s’alimenter, puis on attend sans rien pouvoir faire de plus que d’espérer très fort que ça marche… Plus l’attente est longue, plus nous nous interrogeons si l’endroit choisi est le bon. Contrairement à la pêche à la mouche ou au leurre où on est constamment en action, la pêche à la carpe peut vite m’ennuyer et me décevoir. Mais ce sont des moments comme ce matin-là qui me font aimer cette pêche. De plus cette pêche me permet d’avoir une très forte immersion dans la nature et le temps passé au bord de l’eau m’est toujours agréable.

Vingt minutes avant que je ne relâche cette carpe miroir, nous étions  encore dans l’attente et le doute, nous ne savions pas du tout ce que nous réservais cette  journée de pêche. En quelques minutes, tout a changé et s’est accéléré, je pense que c’est l’une des meilleures sensations à la pêche. Elle nous pousse à retourner au bord de l’eau et à continuer à toujours continuer la peche.

Le reste de la matinée sera très calme dans l’ensemble. Très satisfaits et contents de notre pêche nous chargeons les bateaux sur le coup de midi en quête d’une autre zone sûre du lac. Certes, nous aurions sûrement encore touchés des poissons en fin d’après-midi car les deux jours précédents étaient très bons, mais le but de cette première pêche à Saint Cassien n’était pas le rendement ou la réussite à tout prix.  Nous voulions surtout pêcher et découvrir une grande partie du lac afin pour en avoir une idée, un aperçu par nous-même.  Tout naturellement, après avoir passé les premiers jours dans le bras sud, puis dans la partie centrale, nous sommes partis à la découverte du bras nord.